Bienvenue sur le blog de Vincent MARTORELL.

Bienvenue sur le blog de Vincent MARTORELL.

Extraits de romans

La belle endormie

La belle endormie 2010.jpg

 

" Ce matin, comme tous les matins, nous avons eu la

visite de Monsieur Paul, notre voisin. C'est un homme

râblé, sans âge apparent que nous avons rencontré

pour la première fois, quelques heures à peine, après

avoir débuté notre emménagement.

Par l'entrebâillement de la porte d'entrée il se tenait

debout là, devant nous, casquette en arrière, mégot en

équilibre sur la lèvre inférieure, une gueule quoi ! Avec

une économie de mots, il nous a montré la maison.

Anecdotes à l'appui, il racontait, et racontait sans cesse

tout en rallumant son papier maïs rabougri. De la cave

au grenier, nous avons appris, ri et apprécié

immédiatement cet homme qui avec émotion, fierté et

dignité nous a parlé de ceux et celles qui se sont

succédé dans cette maison. Dès lors Monsieur Paul, au

fils des semaines est devenu un habitué des lieux.

Notre gentil voisin nous ayant proposé de s'occuper du

jardin, tombé en désuétude depuis le départ des

anciens locataires. À chacune de ses visites nous avons

notre ration d’œufs frais, ou bien un poulet tué le

matin même, ce qui fait hurler Hélène quand elle le

croise une volaille sanguinolente tenue à bout de bras.

Ainsi chaque matin, autour de la table de la cuisine, il

prend son café, souligné d'une larme de rhum.

Quand il a terminé, le jardinier de la maison se lève,

réajuste sa casquette à petits carreaux et nous annonce

d'un air magistral que tout cela est bien gentil, mais

que si nous voulons avoir des tomates et des courgettes

pour cet été, il est grand temps pour lui de se remettre

au travail. Ainsi les jours s'écoulent lentement. Par ma

fenêtre j'observe les vaches de l'autre côté de la

barrière électrique, je les observe, les vaches de M.

Paul, têtes baissées à la recherche de touffes d'herbe un

peu clairsemées. Malgré cette contemplation

quotidienne, je ne suis pas vraiment inspiré par ce

tableau bucolique. Je passe des heures, assis sur les

marches du perron, je fume cigarette sur cigarette.

Marie parfois, quand elle ne lit pas, se glisse derrière

mon dos, ses jambes fines m'encerclent, me possèdent,

son souffle dans ma nuque me parle, c'est doux et

tendre. Nous pouvons rester ainsi sans échanger une

phrase, un début de conversation tout un après-midi.

Parfois je sens un baiser dans mes cheveux et elle

repart légère comme une plume vers une des pièces de

la maison. Moi je reste là, heureux mais plein de

confusions : aller la rejoindre ? ou bien me remettre au

travail ? Le plus souvent je vais goûter le sucre de sa

peau et, les yeux fixant le plafond je lui parle

longuement de mon prochain livre, de mes envies de

voyages avec elle comme unique bagage..."

 

 

" Lundi 24 avril : J’ai décidé de tenir un journal. J’y note

tout. Mes impressions sur mon travail de la veille,

l’hydrométrie et la température de la journée, mes

étonnements face à certaines tournures de phrases et

leurs violences sous-jacentes. Je dessine des croquis,

des paysages, des portraits un peu approximatifs,

d’Hélène ou de Marie, entourées de monstres

intergalactiques. Depuis une semaine Monsieur Paul

n’est pas venu prendre son café, ni travaillé le jardin et

les mauvaises herbes en profitent pour reprendre du

terrain. Il est venu me voir, plein de discrétion, un jour

où Marie était à l'hôpital pour des examens. Devant

moi, il m'a dit qu'il devait s'absenter quelques jours,

prétextant un voyage à faire, une visite à rendre à une

cousine éloignée.

Nous nous sommes serrées la main, je l’ai regardé

s’éloigner dans l’allée, sortant de sa poche un

mouchoir. Monsieur Paul nous quittait avec sa peine

de ne pouvoir faire davantage. Le Docteur Thibauld est

venu deux fois. Ce grand type aux mains de

gynécologue -selon Hélène- passe voir Marie tout les

deux jours environ. À la fin de sa consultation ce sont

toujours les mêmes phrases :

- L’état de santé de votre épouse…

- Nous ne sommes pas mariés. lui répondis-je

sèchement.

- Peu importe, son état de santé décline, il va falloir

penser sérieusement à une hospitalisation, la maladie

progresse, bientôt vous ne pourrez plus assumer seul.

- Que voulez-vous dire par assumer ?

- Elle est très faible, elle continue à perdre du poids,

d’ici à quelques semaines, elle ne pourra plus se

nourrir seule et nous devrons poser une sonde

gastrique, sans surveillance dans un milieu hospitalier,

je ne vois pas comment vous allez vous en sortir.

- Nous ferons appel à une infirmière, elle pourra rester

ici, je... Nous ne voulons pas de l'hôpital.

- Vous n’êtes pas raisonnable ! Vous lui faites courir

des risques inutiles !

- Rien n’est plus raisonnable Docteur ! C’est ici

qu’elle est le mieux, et c’est ici qu’elle souhaite rester !

Le bon docteur range ses instruments dans sa mallette

et dans un soupir, rédige son ordonnance sur la table

de la cuisine et secoue la tête.

- Je vous laisse les coordonnées d’une infirmière,

mais croyez-moi, d’ici peu, que vous le vouliez ou non,

vous serez amené à suivre mon conseil. Derrière la

vitre de la cuisine où la pluie tambourine, Hélène et

moi regardons partir la voiture de ce médecin, qui

vient de nous asséner un nouveau coup de massue. "

 

La Maison Jaune

 

 

La Maison Jaune 2011.jpg

''

" C'était un hiver comme on en avait rarement vécu.

De mémoire d’homme, il n’avait jamais fait aussi

froid. Pourtant, dans ce coin des Pyrénées, les

habitants étaient rompus aux épisodes rigoureux

de l’hiver. Et certains n'étaient pas loin de penser

qu’il y avait quelqu’un là-haut bien déterminé à

faire payer à toute la population leurs fautes

avouées ou inavouables.

Depuis plusieurs jours, le froid et la neige s'étaient

installés sur les habitations de Barras, déposant

une fine couche de glace sur la Neste, rivière qui

d’ordinaire s’écoulait paisiblement d’un bout à

l’autre du village. Il régnait un silence d’hiver, et

c’est à peine si l’oreille humaine pouvait entendre

le vent qui dévalait les montagnes. Obstinément,

avec méthode, il s’engouffrait dans les petites

ruelles qui séparaient les maisons, remontait

contre les murs, léchait avec application les vitres

des fenêtres. Il profitait du moindre interstice pour

se répandre dans une cuisine, un couloir. Si on le

laissait entrer, il empruntait l’escalier, et sur le lit,

s’étirait comme un gros chat sur les corps

allongés. Au loin, un battement de coeur. Un volet

battait la mesure et troublait le silence du village

recroquevillé, tourné vers lui-même depuis

plusieurs semaines. "

 

"Le père Larouce, curé du village, se tenait debout

devant sa fenêtre. Chaque matin que Dieu faisait,

il prenait toujours son bol de café au lait ainsi.

Regardant droit devant lui, il portait à sa bouche à

intervalles réguliers le récipient de porcelaine et

savourait en fermant les yeux le breuvage noir que

lui préparait Lucienne Duprat, une octogénaire qui

chaque matin et chaque soir se rendait chez lui

pour préparer le petit-déjeuner, le repas de midi et

celui du soir.

Lucienne, la bonne du curé, avait débuté très

jeune, elle devait avoir trente-cinq ans ou à peine

plus. À la mort de son mari à Verdun, elle était

rentrée au service des hommes d’Église que l’on

envoyait à Barras pour assurer et maintenir la

parole de Dieu dans ce pays où les traditions du

terroir étaient tenaces. La Lucienne, elle en avait

vu défiler des soutanes ! Portées par des gros, des

petits, des grands aux idées serrées et d’autres

plus nombreux, habités par une foi indéfectible.

Cela faisait quinze ans qu’elle était au service du

père Larouce et elle n’avait rien à lui reprocher si

ce n’était parfois qu’elle le trouvait un peu trop

enclin à approuver certaines idées progressistes.

Le père Larouce le savait et il en jouait, ce qui

mettait en rage cette pauvre Lucienne qui, comme

pour déjouer un sort maléfique, se signait trois

fois plus que d’ordinaire.

Ce matin-là donc, le père Larouce regardait par sa

fenêtre et .. "

 

La théorie du Papillon 

 

La théorie du papillon 2013.jpg

 

"La trentaine de personnes qui, depuis plus de deux

heures, attend dans le froid, s’écarte pour laisser

passer le cercueil et la famille qui franchissent les

grilles de fer forgé bornant l’entrée du cimetière.

Précédant la dépouille mortelle, le Père Gérard

progresse avec solennité au rythme lent d’un psaume.

Les deux enfants de chœur frissonnent sous leurs

aubes blanches. L’un d’eux, un adolescent aux

cheveux blonds impeccablement coiffés, brandit avec

application un imposant crucifix en argent massif.

Le deuxième officiant, un garçonnet roux d’à peine

dix ans, au nez retroussé, avance avec prudence,

protégeant de sa main droite transie par le froid la

flamme d’un cierge, qui résiste tant bien que mal à la

bise noire qui s’est brusquement invitée. Et alors que

du haut du campanile sonne le glas, le vent et la neige

s’acharnent sur le triste équipage, qui, à pas lents,

accède par le narthex à la nef, où résonne l’Air de la

suite pour orchestre n° 3 en ré majeur de Jean-

Sébastien Bach, si cher à Geneviève Lamarthe. Autour

du cercueil, on s’affaire, on apprête les fleurs, les

plaques mortuaires.

Le Père Gérard, bras tendus et mains ouvertes, fait

signe à l’assemblée de s’assoir, puis invite les deux

enfants de chœur à se placer auprès de lui. Sur les

murs en pierre de taille de la petite église, des dizaines

d’ex-voto rendent grâce à la Vierge.

Au-dessus du chœur datant du XIIe siècle on aperçoit,

ornant le triforium, les quatorze stations du chemin de

croix peintes à la main, où, les fidèles, visages tournés

vers cette galerie juchée à une dizaine de mètres du

sol, sont invités aux moments des offices à compatir

par leurs prières au supplice du Christ.

En ce jour des Saints-Innocents, et pendant qu’à

l’extérieur le mauvais temps poursuit son oeuvre avec

obstination, les vitraux se laissent imprégner de rayons

de lumières opalescentes, teintées de rouges et de

jaunes qui se diffusent harmonieusement de part et

d’autre du maître-autel. Sans doute s’agit-il là d’un

signe du Ciel qui donne sa bénédiction, afin que

débutent enfin les obsèques de celle que tout le monde

surnommait affectueusement : « La bonne dame

d’Eygalières ». "

 

 

 

"Juillet 1942. Il fait doux. Le soleil occupe le ciel sans

partage, ignorant les quelques rares nuages qui se sont

aventurés au dessus des toits de Paris. Je suis heureuse

de voir cette belle lumière qui danse sur la Seine, cela

réconforte mon cœur. Il faut dire que nous avons eu un

hiver terrible, ce mois de janvier 1942 a été l’un des

plus froids que nous ayons connus ; jusqu’à moins

quatorze degrés dans la capitale, et à Gelles, là où

habite ma grand-tante Valie, il a fait moins trente-cinq

! Mon père, qui ne l’aime pas beaucoup, n’a pu

s’empêcher d’ironiser en disant qu’il n’était pas

surprenant qu’une femme aussi glaciale habite un

village signalé comme étant le plus froid du Massif

Central.

Mais tout cela est derrière nous et aujourd’hui,

accoudée à la balustrade de ma chambre, au troisième

étage de notre immeuble, je laisse la brise légère, jouer

avec mes cheveux. La belle saison est de retour, je

regarde autour de moi les rues, les toits des maisons,

et j’inspire profondément pour emplir mes poumons

de la promesse d’un bel été. Pourtant, comme me le

rappelle chaque jour ma mère, nous vivons une

époque difficile, et particulièrement pour nous les

Juifs de France. Depuis plus d’un mois nous sommes

dans l’obligation de porter un signe distinctif sur nos

vêtements, et d’avoir vu maman pleurer toutes les

larmes de son corps pendant qu’elle cousait nos étoiles

jaunes m’a bouleversée.

– Sarah, me dit-elle, l’histoire se répète, déjà au

Moyen-Âge on imposait le port de la rouelle, et voici

qu’une fois encore on nous montre du doigt !

Cela fait dix-neuf ans que je vis à Paris, je suis née

dans cette maison qui m’a vue faire mes premiers pas

et j’ai grandi au sein d’une famille aimante. Mais ce

bonheur, semble-t-il, était incomplet. En effet, le 24

septembre 1930, soit sept ans après ma naissance, le

visage de mon père s’est illuminé quand Samuel a

montrer sa jolie frimousse.

Je n’ai jamais manqué d’affection de leur part, mais

j’ai bien senti que leur bonheur à présent était à son

comble. Mes parents tiennent une petite épicerie dans

la rue des rosiers. Mon père, Moshé, se lève chaque

jour à cinq heures, se prépare, et ensuite, avec des

mots chaleureux et tendres, nous réveille, ma mère,

mon frère et moi.

Moshé Dabeck est un homme respecté par la

communauté, et apprécié par ses clients, Juifs ou non,

pour son sourire et sa bonne humeur. C’est un homme

juste et bon, qui considère que le meilleur se trouve

dans chaque être humain, à condition de faire attention

à lui. Mes parents ne sont pas ce que l’on pourrait

qualifier de religieux, ils respectent les fêtes et les

traditions, mais nous ont aussi appris que si Dieu a

décidé que les Hommes seraient si différents, c’était

un signe divin, un message qui devait nous élever vers

la connaissance de l’autre, et non pas sur un repli

communautaire ".

 

La vie peu ordinaire de Madeleine Lenoir

 

La vie peu ordinaire de Madeleine Lenoir 2014.jpg

 

 

 

" une fois mes devoirs terminés, assise sur un

tabouret entre deux feutrines, rubans et autres

voilettes tout à côté de la caisse enregistreuse. Là,

je prenais la pose comme ma mère qui, d’un seul

regard, embrassait la totalité de son royaume. Le

jeudi, je profitais de cette journée, après mes

corvées et mes devoirs, à observer en silence les

femmes de la bonne société havraise qui

fréquentaient avec assiduité le magasin de mes

parents qui, malgré l’éloignement avec la capitale

et la bourgeoisie de la ville, trouvait tout ce qui

compte pour suivre au plus près la mode. Je suis

encore trop jeune pour décider seule de ma garde-robe,

mais c’était avec goût que ma mère

choisissait pour moi. Être ainsi entourée par de si

jolies choses me donnait très vite envie de

reproduire ce que je voyais. Et je savais que mon

père et ma mère envisageaient, si je persistais dans

cette voie, à me faire suivre des cours de

modélisme. Sur du papier d’emballage, je traçais

mes premiers croquis, puis on m’offrait du papier

Canson et une boîte de crayons de couleur. Je

traçais les courbes, colorie de tons pastels les robes

aux tailles de guêpe imposées par le port du corset,

mais aussi celles dont l’embonpoint et les formes

généreuses – très appréciées à l’époque – qui

faisaient leurs achats. Parfois, ma mère montrait

mes dessins à ses clientes, ce qui me gênait un peu.

Mais je sentais dans son regard tant de fierté que

jamais je ne lui en aurai fait le reproche. Mon père

était plus discret, mais je savais qu’il était tout

comme son épouse fier de moi. La boutique de mes

parents sentait la cire. Trois fois par semaine, une

fois la boutique déserte, la première vendeuse, ma

mère et moi, nous passions avec application sur les

meubles cette pâte épaisse, de couleur ocre que

nous étalions consciencieusement avec un chiffon

doux. Mon père, lui, profitait de ce moment pour

s’installer dans son bureau, où il faisait le point sur

les ventes et préparait les bordereaux de

commandes pour le lendemain. Une fois terminé, il

nous rejoignait pour un moment que j’affectionnais

particulièrement. Tous ensemble, munis de grands

balais à franges, nous passions et repassions sur les

lattes de bois du parquet. Puis c’était le tour des

meubles bas et de leurs nombreux tiroirs, et du

grand comptoir. Une heure après, tout était propre

comme un sou neuf ! En aplomb du grand comptoir

qui brillait sous les lustres, des modèles de

chapeaux étaient exposés de manière harmonieuse

sur des étagères – elles aussi cirées –qui

s’élançaient jusqu’au plafond. De chaque côté se

trouvaient de longues colonnes en bois brun, "

 

"Depuis dix longues minutes, j’étais devant le

paravent et ne bougeais pas, pétrifiée de devoir

passer de l’autre côté de ce morceau de bois et de

tissus. Mon cerveau intima l’ordre au reste de mon

corps de ne pas bouger. J’obéissais, soumise à la

décision prise au plus haut sommet de moi-même.

Les bras ballants, je regardai mes pieds nus. Je

voyais bien qu’ils n’avaient qu’une envie, se glisser

dans mes chaussures posées en parallèle, m’amener

vers la porte, dévaler les escaliers et filer à toute

vitesse pour être happé et disparaître à jamais dans

la foule qui empruntait dans les deux sens les

trottoirs des Grands Boulevards. Pourtant, rien ne

se passa. Mon esprit était empli de contradictions,

partir ou bien rester. Partir pour se soustraire à cette

séance dont je ne savais rien encore. Rester, c’était

prendre un autre risque, celui de ne plus rien

contrôler, de ne plus être maître de la situation.

Modi ne disait rien. Il m’observait, me guettait. Je

le voyais bien à son regard qui se reflétait dans le

miroir accroché au mur à côté du paravent.

Maintenant, il croisait les bras. L’énorme surface

piquée par le temps, qui me renvoyait Modi de

pieds en cap, laissait venir jusqu’à moi toute la

nervosité qui émanait de son attitude tant la mienne

l’agaçait. Nous restâmes un moment à nous

regarder, à nous observer. Qui de nous deux allait

lâcher prise en premier ? Qui donnerait raison à

l’autre ? C’était comme une évidence, je le

décevais, mais après tout, pourquoi moi ? Pourquoi

maintenant ? N’imaginait-il pas ou feignait-il

d’ignorer que mon esprit était pris en tenaille entre

le désir de me jeter dans ses bras – malgré le risque

d’être réduite en bouillie par Jeanne – et la raison ?

Celle-là même qui me conseillait d’éradiquer toutes

formes de relâchement, tant elle redoutait que je

cédasse à l’ivresse de cette folle tentation qui

m’invitait à goûter avec gourmandise le moment

présent, sans rien attendre de l’après.

Intérieurement, j’enrageais. Pourquoi ne l’avais-je

pas rencontré plus tôt, avant qu’il ne se fasse

envoûter par cette femme à la peau diaphane ?

Cette Jeanne, qui telle Salomé le parait de ses

voiles, l’enlaçait de ses cheveux de feu, qui veillait

à ce que jamais ses yeux ne quittent son regard, ne

serait-ce qu’un instant la ligne d’horizon où elle

dansait, sous peine de voir s’abattre sur son cou la

lame qu’elle tenait fermement dans ses mains. Et

voilà que mon désir se transformait en violence,

j’échafaudais non pas un pas deux, mais trois plans

pour extirper des griffes de cette Gorgone cet

homme qui, sans jamais avoir posé les mains sur

moi, me faisait connaître les affres d’une étreinte

par avance contrariée. Car il l’aimait, il la dévorait

du coeur.."

 

 

 



09/04/2015
0 Poster un commentaire